Modification génétique d’embryons en Chine : une autre conception de la bioéthique

Mi-mars, la revue Nature publiait un appel à un moratoire sur les manipulations génétiques des cellules reproductrices humaines, les risques à long terme pour la descendance étant inconnus. À peine un mois plus tard, une équipe de chercheurs chinois publie dans la revue Protein & Cell les résultats de ses travaux de modification génomique d’embryons. Humains.

Ces chercheurs de l’université Sun Yat-sen de Canton ont utilisé la technologie qui révolutionne depuis 2012 la biologie moléculaire : CRISPR/Cas9, permettant de faire du couper/coller de séquences d’ADN. Ils s’en sont servi sur des embryons non-viables dans le but de modifier le gêne responsable de la bêta-thalassémie, une maladie sanguine potentiellement mortelle.

Sur les 86 embryons manipulés, 54 ont été testés : la séquence génétique problématique a été supprimée chez 28 embryons mais la séquence saine de remplacement n’a pu être introduite que dans « une fraction » de ceux-ci. Le taux de réussite proche de 100% nécessaire à des essais cliniques chez l’homme est encore bien loin. Ce n’est toutefois que le début de ce type de recherches et on peut s’attendre à de rapides améliorations : selon Nature, 4 autres équipes chinoises mèneraient actuellement des travaux similaires.

Cette affaire rappelle surtout une chose : les frontières de l’éthique varient fortement selon les pays et il semblerait bien que les progrès de la génétique, de réparation puis d’augmentation, se feront avec plus de facilité en Chine et en Orient plus généralement, là où il n’y a pas de racines judéo-chrétiennes sacralisant le vivant. Alors que certains craignent qu’on se dirige vers un futur à la Bienvenue à Gattaca, l’Institut de Génomique de Pékin avance dans son projet de séquençage de surdoués.

Source : nature.com
Crédit photo : McGovern Institute for Brain Research at MIT

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